Le divorce entre Macron et l'opinion française - Y. Blot

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macronUn Narcisse libertaire

Le président de la République française Emmanuel Macron est un jeune bourgeois issu de l’école Nationale d’Administration qui produit des oligarques brillants mais ayant de graves lacunes culturelles et morales. Les élèves sont surtout des juristes et ont une teinture d’économie. Mais ils ignorent pour la plupart l’histoire de leur propre pays et ont une formation très limitée du point de vue humaniste. Moralement, ce sont des carriéristes amoureux d’eux-mêmes, des Narcisses. Dans son livre « Révolution » (titre comique car Macron le bourgeois est tout sauf un révolutionnaire), en 50 pages, il écrit 250  fois les mots « moi, je » et une seule fois le mot « France ». Inspecteur du ministère des finances puis banquier à la banque Rothschild, il ne s’est jamais présenté aux élections avant la dernière élection présidentielle. Les militants socialistes locaux ne voulaient pas de lui.

Sa conception du monde est facile à décrire. Religieusement, il n’a pas foi en Dieu mais en son égo. Il admire André Gide, le romancier hédoniste et Stendhal, le romancier des ambitieux. C’est pourquoi il est moralement un individualiste libertaire. L’idéal patriotique est un idéal sacrificiel. Il veut effacer les frontières et l’Europe lui semble un bon début dans cette direction.

Egotiste et libertaire, il a intégré les valeurs de l’oligarchie. Pour lui, comme il l’a dit lui-même, il y a « ceux qui ont réussi et ceux qui ne sont rien ». il méprise le peuple et se défie de la démocratie directe. Le parlement pour lui ne peut être qu’une chambre d’enregistrement. Son socle politique est la bourgeoisie cosmopolite.

 

Une sociologie bourgeoise

Le sociologue Luc Rouban constate que les personnes ont changé. Le parti de Macron « la République en marche » a fait battre la plupart des députés socialistes et la majorité des « Républicains » (centre droit) aux élections législatives qui ont suivi l’élection présidentielle. Les députés de la République en marche viennent pour 40%  de nulle part, 30%  viennent de la gauche, 15%  de la droite et 13%  du centre. Un tiers des candidats macronistes n’a jamais fait de politique électorale : les députés de Macron sont souvent des novices incompétents. Mais le président ne leur demande pas de penser : c’est pour lui le rôle des hauts fonctionnaires. Le nombre des femmes députés a augmenté. Mais au-delà de ces apparences de renouvellement, la réalité sociale du parlement est plus que jamais coupée du « petit » peuple.

Il n’y a pas de mobilité sociale par la politique. Le recrutement des candidats opéré par le haut dignitaire maçonnique Jean-Paul Delevoye, s’est fait sur une base sociale étroite. Selon le Cevipof « sur le plan social, le renouvellement n’a pas eu lieu bien au contraire. 20%  des candidats macronistes sont cadres supérieurs ou dirigeants d’entreprise. 17% sont patrons de petites entreprises surtout dans le domaine de la communication. 12%  sont issus des professions libérales. Au total, 7% sont issus des classes populaires, 23% des classes moyennes et 70%  des classes supérieures. Depuis 1967, le pourcentage de députés issu des classes populaires n’a fait que baisser (17%  en 1967). Luc Rouban conclut : les Macronistes sont une bourgeoisie diplômée, moderniste et libérale.

La domination de classe est renforcée par le fait que les partis populistes « la France insoumise » de Mélenchon (extrême gauche) et le Front National sont sous représentés de façon grave à cause des injustices de la loi électorale. La France insoumise a 17 députés  sur 577 (presque 3%) alors qu’aux présidentielles M. Mélenchon a eu 19,58%  des voix. Pour le Front National, sa candidate obtient au premier tour des élections présidentielles 21,3% des voix mais le FN n’obtient que 8 députés (1,5%  des députés). Debout la France de Dupont Aignan obtient un seul député alors que son candidat avait eu 4,7% aux élections présidentielles. En prenant le total des voix des trois principaux partis populistes, on obtient 45, 6%  des voix mais seulement 4,6% des députés !

 

Le peuple ignoré et méprisé

Sous représenté au parlement, le peuple qui souffre, selon le géographe sociologue Christophe Guilluy, représente selon lui 60%  des Français. Il est sous représenté au parlement, il est absent des médias qui se consacrent aux bourgeois dominants et aux minorités immigrées. Le président de la République multiplie les gaffes : il déclare début juillet 2017 à l’inauguration d’une gare : « dans une gare, on croise ceux qui ont réussi et ceux qui ne sont rien ». Il est accusé de morgue de classe. Fin Aout, il déclare en Roumanie : « la France n’est pas un pays réformable. Beaucoup aux essayé et n’y ont pas réussi car les Français détestent les réformes. Le secrétaire général du syndicat CGT Philippe Martinez estime que Macron prend les français pour des imbéciles. Critiquer les français à partir d’un pays étranger est considéré comme inadmissible en France. Un blogueur (Jean Lecharron) commente : «vous êtes au service du nouvel ordre mondial, de l’Union européenne, des banques, des multinationales ; votre but : enrichir les uns, exploiter et appauvrir les autres, faire disparaitre la classe moyenne, dissoudre les nations et les cultures, créer un homme nouveau sans racines, sans identité, sans savoir, sans histoire, un vagabond citoyen du monde».

Dès février 2017, Macron avait déclaré  à Lyon : «il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse.» les Républicains, parti de la droite bourgeoise, et le Front National, parti populaire patriote avaient alors protesté, bien qu’étant opposé entre eux.

 

La chute de Macron dans les sondages

En trois mois selon le baromètre IFOP-JDD  le chef de l’Etat a perdu 22 points de popularité pour tomber à 40% de taux de confiance. C’est un record : Hollande était à 56%  trois mois après son élection en 2012 et Sarkozy à 66%  en 2007 ; En coupant des aides au logement, il a perdu du crédit auprès des jeunes et la hausse de la CSG, un impôt proportionnel lui aliène les retraités.

Selon Jérôme Fourquet, de l’institut de sondage IFOP, le public a l’impression que Macron est un séducteur en communication mais qu’il va mener une politique d’austérité qui va surtout frapper le petit peuple.

Sur les sujets qui inquiètent le plus les classes populaires, l’immigration de masse, l’insécurité et le terrorisme, le chômage (25%  des jeunes de moins de 25 ans sont sans emploi), Macron ne dit rien et laisse la parole aux partis populistes.

 

L’oligarchie technocratique

Macron qui est un haut fonctionnaire du ministère des finances, gouverne avec ses pairs, les autres hauts fonctionnaires civils. C’est ainsi qu’il a donné raison à une réduction de crédits pour l’armée demandée par le ministère des finances contre le ministère de la défense nationale, provoquant la démission du général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées françaises.

Cette démission a provoqué la critique de la droite comme de la gauche. Pour 83%  des français, le modèle démocratique fonctionne mal en France. 88%  voudraient « un vrai chef » à condition que le peuple se retrouve en lui. Macron fait de l’autoritarisme mais i n’a pas la confiance du peuple. Il n’a eu que 24%  des voix au premier tour des élections présidentielles et au deuxième tour, un français sur deux n’a pas voté. Il a été élu « par défaut », aucun autre candidat n’arrivant à susciter l’enthousiasme.

 

Le centrisme a-t-il un avenir en France?

L’histoire politique de la France montre que d’habitude, les candidats centristes aux élections présidentielles sont toujours battus. Macron fut une exception. Mais la malédiction du centrisme se reforme contre lui : à sa droite, il a contre lui la droite bourgeoise certes mal en point, celle des « Républicains » assez déconsidérés depuis les échecs de Sarkozy puis de Fillon. Il a aussi la droite populaire des deux partis, « le Front National » et « Debout la France » qui ont totalisé 26%  des électeurs au premier tour des présidentielles, soit 2 points de plus que Macron. A gauche, le parti « la France insoumise » a 20%  de soutien. Le Modem centriste était dans la majorité mais ses ministres ont quitté le gouvernement. Macron a une majorité indiscutable au parlement mais ce n’est pas le cas dans le pays. On ne le voit pas résoudre les problèmes qui font le plus souffrir le peuple : l’immigration, l’insécurité ou le chômage.

Comme il veut faire des réformes économiques peu populaires et ne veut pas recourir au référendum par peur et mépris du peuple, son autorité devrait s’affaiblir notablement. Sa seule vraie sauvegarde : la constitution qui n’oblige en aucun cas un président de la république à démissionner avant la fin de son mandat de 5 ans. Le pays se divise de plus en plus entre un peuple qui souffre et une bourgeoisie insolente, et l’on ne voit pas de solution « centriste » qui permettrait de résoudre cette contradiction fondamentale.

 

blotYvan Blot

ancien élève de l'Ena