Les droits de l’homme contre l’homme – Y. Blot

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dirittiumaniLes pays qui se réclament le plus des droits de l’homme connaissent une considérable montée du crime. Le cas des viols en Suède est un exemple terrible. Les droits de l‘homme, machine à désarmer l’Etat, donc la police et la justice, se retourneraient contre les hommes. Ainsi, la peine de mort n’est pas supprimée mais privatisée car seuls les gangsters et les mafias l’utilisent avec succès. D’où vient ce paradoxe?

Qui est l’homme?

Il faut d’abord s’interroger sur l’homme. Heidegger récuse la question courante «qu’est-ce que l’homme?» qui traite l’homme comme un objet. On n’a jamais autant parlé des droits de l’homme dans cette société où l’image de l’homme est proscrite de l’art officiel, art «non figuratif» où la figure réelle de l’homme est bannie.

L’homme moderne est aujourd’hui traité comme une matière première pour l’économie, sans racines donc la plus mobile possible, la plus facile à exploiter.

Mais quelle est l’essence de l’homme? On répond par la définition d’Aristote: «l’homme est un animal raisonnable», définition plate et zoologique qui reste très superficielle.

La réponse avait pourtant été donnée par les auteurs tragiques grecs des 5ème et 4ème siècles avant notre ère. Dans la tragédie «Antigone», par exemple, une triple réponse essentielle est donnée à la question «qui est l’homme?»

1/ l’homme est l’être le plus inquiétant et violent (δεινοτατον) qui existe sur cette terre. Il est dangereux car il sort des limites de sa vie familière. Il se situe sur le site de l’épreuve et du risque. Il défriche la terre, chasse ou apprivoise les animaux pour ses besoins. Il construit des bâtiments, créé des sociétés politiques et des armées. Il est inquiétant car audacieux et créateur. Créateur signifie qu’il est violent, les deux sont inséparables. Il impose sa volonté à la nature et à ses semblables.

2/ l’homme est le site d’une lutte entre la τεκνε, la technique, incarnation de sa liberté, et la δικε, la justice c’est-à-dire l’ordre du monde. Cette lutte, souvent héroïque, se termine toujours par la mort. C’est pourquoi l’homme est un héros mortel, tragique et il ne peut se soustraire à la mort, ce qu’il aimerait de façon infantile. Combattant inventif au cœur des épreuves, il est pris entre sa liberté, pleine de dangers et l’ordre du monde qui s’impose à lui. Créateur ou criminel, créateur et criminel parfois, son action héroïque débouche toujours sur sa mort tragique. Vouloir séparer la vie et la mort est irréfléchi car la loi de l’unité des contraires énoncée par le philosophe grec Héraclite est implacable.

3/ L’homme est soumis au destin. L’être le force à accomplir des œuvres sur le site de l’histoire qu’il accompagne mais ne maitrise pas. L’accomplissement des œuvres se fait à travers l’événement (Ereignis en allemand), où l’homme est historial comme gardien de l’être. Mais il n’est pas le maitre de l’être qui se déploie dans le temps selon la destinée. ( voir la vie de Napoléon par exemple).

Ainsi, l’homme est libre et créateur, il ne peut pas renoncer à ces traits mais c’est cette liberté créatrice qui en fait l’être le plus dangereux (invention de la bombe atomique). Sa force de création est par nature violente et cette violence, selon la destinée, peut s’avérer bienfaitrice et/ou criminelle. Il agit sur le site de l’histoire qu’il ne peut maitriser, tiraillé entre son dynamisme technique et l’ordre du monde aux lois immuables. Doté de racines qu’il peut renier (oubli de l’être) ou accomplir (par la pensée qui est souvenir: andenken proche de denken), il se fixe des missions qui l’obligent à une tenue (physique et morale) qui lui donne la capacité d’accomplir des exploits, en bien ou en mal.

L’homme est donc un combattant tragique, qui accompagne l’être, soumis à la force du destin.

L’homme des droits de l’homme

Face à cet être de l’homme, l’homme de la philosophie des droits de l’homme est une pauvre caricature. Son «droit» d’être libre est aussi le droit d’être un criminel. On trouvera toujours des excuses à l’animal raisonnable que serait le criminel. Les droits de l’homme organisent l’impunité et la récidive. Mais le droit à la «sûreté»1 nécessite l’emploi de la violence répressive. C’est le raisonnement américain: ma sûreté exige que je vous bombarde, y compris les civils. Les droits de l’homme justifient ainsi l’impérialisme et la tyrannie. Le droit absolu à la propriété peut déboucher sur la légitimation de l’esclavage (arrêt de la cour suprême américaine justifiant l’esclavage au nom des droits de l’homme en 1857: Scott contre Sandford). Quant à la résistance à l’oppression, ce «droit» repris par les jacobins, les nazis et les bolcheviques débouche sur la «terreur» qui n’existait pas sous les anciens régimes (sous Louis XVI, sous Guillaume II ou sous Nicolas II).

Ainsi, les droits de l’homme, avec de «belles intentions» se retournent contre l’homme en laissant la crime se développer (voir l’éloge du régime libéral américain par le gangster Al Capone), la démocratie bafouée (un juge de la cour suprême a plus de pouvoir que des millions d’électeurs, au nom des «droits de l’homme»), l’esclavage s’organiser de façon hypocrite, la résistance à l’autorité allant jusqu’à la terreur terroriste.

La philosophie des droits de l’homme est mortifère car elle ne parle que de droits, pas de devoirs. Elle ignore la loi de l’unité des contraires d’Héraclite. Cette loi implique que pour sauver la liberté ou la vie, il faut savoir donner la mort à l’ennemi. Si l’essence de l’homme est d’être inquiétant car violent, lui donner des droits sans promouvoir ses devoirs est une folie meurtrière, voire suicidaire. Les droits de l’homme correspondent au visage du diable selon Boulgakov: un œil est vert, symbole d’espoir (de créer un paradis sur terre) et l’autre est noir (car le diable conduit à la mort de ceux qui s’illusionnent idéologiquement).

En ce sens, les droits de l’homme, conférés à un homme idéalisé qui n’existe pas, sont le premier pas vers l’autodestruction des hommes et des peuples. Robespierre et Staline les ont proclamés car ils savaient quel usage de la terreur ils finiraient par justifier. Les droits de l’homme commencent dans le laxisme et la générosité. Ils finissent dans la dictature et la criminalité.

blotYvan Blot

ancien élève de l'Ena



1Dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, les droits de l’homme sont la liberté, la sûreté, la propriété et la résistance à l’oppression.